OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Le jour où Instagram découvrit le web http://owni.fr/2012/11/16/le-jour-ou-instagram-decouvrit-le-web/ http://owni.fr/2012/11/16/le-jour-ou-instagram-decouvrit-le-web/#comments Fri, 16 Nov 2012 10:11:47 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=126068

À l’heure où Instagram publie des photos aériennes prises par un drone, à l’heure où l’on visionne ses photos sur un pico projecteur, à l’heure où je vous publie chaque jour un dessin sur cette même plateforme, Instagram ouvre enfin son service au web sous forme de page galerie personnelle. Petite révolution pour libérer les photos du téléphone de millions d’utilisateurs, premier pas vers l’absorption d’Instagram par Facebook ou évolution de l’expérience utilisateur ? Aujourd’hui, on fait un petit tour par ce grand saut sur le web.

Instagram, du mobile au web

Il ne vous est plus nécessaire d’avoir un smartphone ou de passer par des services tiers (webstagram, statigram, etc.) pour accéder aux galeries de vos photographes amateurs préférés. Instagram est un enfant du smartphone, né de la mobilité, de la photo et des réseaux sociaux, il aura quand même mis du temps à faire le pont entre mobile et web.

Mais pourquoi Instagram lance ses profils web maintenant ?

Kevin Systrom, le CEO d’Instagram affirme qu’il attendait le bon moment avant de sortir les galeries web de ses 100 millions d’utilisateurs. En réalité, l’idée est de se positionner également pour les entreprises qui utilisent Instagram dans le cadre de leur promotion dans les médias sociaux. La version web du compte Instagram de Nike est sorti avec les premiers exemples. Ce changement est tout simplement une façon facile de rendre ces contenus disponibles pour tous les utilisateurs, en particulier ceux qui n’ont pas de smartphone sur iOS ou Android.

Sur le web, en plus de l’affichage de photos d’un utilisateur et de ses informations, vous pouvez aussi faire des choses telles que suivre cet utilisateur, commenter.

L’Interface

La chose la plus frappante sur les profils web est sa ressemblance avec la timeline de Facebook ! Graphiquement c’est à s’y méprendre tant l’inspiration est grande. Mais étrangement, nous ne sommes pas exactement dans les mêmes dimensions, et quelques subtilités ont été mises en place.

Une élégante animation lors du survol de la souris laisse place à la date, au nombre de commentaires et de likes, la mosaïque tout en haut offre un changement régulier des photos dans des petites cases qui forment une grille. Cette mosaïque justement occupe toujours la même disposition et n’est pas sans rappeler la photo de couverture des profils sur Facebook.

Typographie & interactivité

Côté typographie, Instagram utilise du Proxima Nova, une police d’écriture totalement revue en 1994. Entre du Futura et de l’Akzidenz Grotesk, le Proxima s’avère être assez élégant et très actuel, très inscrit dans la tendance.

Pour l’interaction c’est très simple, rien de révolutionnaire, il suffit de cliquer sur une photo et elle apparaîtra en taille réelle aux côtés des likes et des commentaires. On se rendra hélas compte à ce moment que la résolution des photos et parfois médiocre. En effet, pas de souci pour l’affichage sur mobile mais lors d’un affichage sur écran d’ordinateur cela s’avère plus délicat.

Une semaine après, de réels changements ?

Une semaine après son ouverture sur le web, de nombreux “Instagrameurs” redécouvrent leurs photos, on échange des albums sur Twitter, la vision d’ensemble se dessine et l’oeil de chacun peut mieux constater le talent de tel ou tel photographe. Pour ma part j’ai redécouvert ma galerie Instagram et j’ai découvert de nombreux artistes qui détournent Instagram comme le peintre japonais Ostatosh, les ambiances suédoises de Cimek, le dessinateur Dika ou encore l’univers typographique de Frank.

L’avenir ?

Peut-être qu’à l’instar de son cousin Pinterest, Instagram proposera des versions “privées” en ligne ? À l’heure actuelle, les profils privés sur l’application mobile apparaissent comme “vides” sur la version web. Le lien entre mobilité et interface ordinateur soulève souvent des questions de ce genre, la réponse est dans le camp des designers et des développeurs — sans oublier évidemment l’éthique qu’un tel service se doit d’avoir.

De même, il est tout à fait possible d’imaginer à l’avenir une version “blog” d’Instagram en pouvant, pourquoi pas, créer des “boards” comme sur Pinterest ou des articles comme sur Tumblr. La base du service reposant sur le partage de photos (avec ses filtres), le like et le commentaire — mais Facebook occupant la place du plus gros réseau social au monde — ça va être à Instagram (et donc désormais à Facebook), de tirer son épingle du jeu pour rester innovant et fédérer les amoureux de l’image que nous sommes.

En attendant, sur Instagram web ou Instagram mobile, on trouve de tout, des gansters aux enfants fortunés en passant par l’ouragan Sandy. La vie donc…

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J’irai graffer sur ton wall http://owni.fr/2012/09/28/jirai-graffer-sur-ton-wall-vendredi-et-cest-graphism/ http://owni.fr/2012/09/28/jirai-graffer-sur-ton-wall-vendredi-et-cest-graphism/#comments Fri, 28 Sep 2012 09:11:00 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=121174

Bonjour et bienvenue sur Vendredi c’est Graphism ! :)

Il y a quelques semaines, cette vidéo a fait beaucoup d’émois avec 107 000 vues. Ironique et pleine d’humour, elle dénonce, critique, provoque les différents médias sociaux que nous utilisons. Ironique ? Oui, je l’ai justement vue publiée sur Facebook et sur Twitter. Ce film et cette peinture (réalisée en cinq jours) ont été réalisés au festival “GALORE”  de Copenhague, au Danemark, et se présente comme un time-lapse composé de plus de 9 000 photos.

#MyLifeSucks

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Son auteur témoigne :

Les gens me regardent comme si j’étais sur une autre planète quand je leur dis que je ne suis pas sur les médias sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram. Aux yeux des médias sociaux, je suis fortement dépassé, je suis perdu et pas connecté. En ne prenant pas part aux médias sociaux mentionnés ci-dessus je fais de moi un étranger pour la société qui sacralise ces médias sociaux. Je ne peux pas m’empêcher d’observer les gens autour de moi qui semblent être consommés et accro au fait de se tenir au courant des statuts de leurs amis sur les médias sociaux.

Nous vivons dans une vie au rythme ridiculement rapide où l’information est échangée si rapidement qu’il nous fait nous sentir inadéquat et détruit notre capacité d’attention.

Street-art déconnecté ?

Le street-art semble donc avoir une dent contre les réseaux sociaux ? En effet, la création street art repose sur la rue, sur les murs, le mobilier urbain, les arbres, que sais-je encore, mais se situe en général plutôt loin de l’écran (à quelques exceptions près comme le Graffiti Research Lab). Cependant, le graffiti n’a jamais été aussi reconnu et suivi par le grand public depuis l’avènement des réseaux sociaux. En effet, combien de fois sommes-nous surpris par un beau graff publié sur Instagram ? Une photo “Regarde le ciel” publiée sur Twitter ou encore un panneau détourné publié sur Path ?

En tous cas, les réseaux sociaux influencent le street art et ce ne sont pas les initiatives qui manquent. Par exemple, avec ces collages qui nous racontent Facebook dans la rue.

Facebook est dans ta rue


(source)

Dépendance culturelle

Ne nous voilons pas la face, nous passons peut-être, une deux trois heures – voire toute la journée – sur Facebook, et notre compte Facebook est souvent ouvert, même si la fenêtre est minimisée sur notre ordinateur. Accro à Facebook ? C’est sur ce constat que la street-artiste 2wenty, située à Los Angeles, dépeint graphiquement notre  dépendance culturelle aux médias sociaux. Sur l’affiche ci-dessous, on voit clairement un paquet de cigarettes marqué au doux nom de Facebook et aux couleurs du réseau social.

Je fais des oeuvres sur ce qui me tracasse [...] Les gens sont toujours sur Facebook au travail et même en marchant dans la rue. Je compare Facebook à la cigarette pour attirer l’attention sur nos dépendances culturelles. Mais voulons-nous vraiment cesser de fumer?

Bien que le travail 2wenty dénote d’une attitude pessimiste envers le réseau social, ce n’est pas vraiment la preuve que l’artiste de rue est anti-Facebook, en effet elle-même possède sa propre page Facebook dans laquelle elle publie régulièrement des messages et des liens vers son travail.

Des murs sur Facebook

D’autres oeuvres de rue, souvent anonymes, se présentent sous de nombreuses formes différentes comme des collages, des pochoirs, des graffitis, des autocollants ou encore des peintures. Les supports sont nombreux, les idées pour parler des réseaux sociaux aussi.

Tweet tweet tweet

Enfin, il n’y a pas que Facebook qui inspire les street-artistes. Comme le montre la vidéo du festival GALORE en début d’article, Twitter est également source d’inspiration. Pour le colleur d’images Jilly Ballistic, c’est l’opportunité d’attirer l’attention du citoyen et d’aller contre le trop plein de publicité en faisant “court”, très court. Ci-dessous, il colle donc un tweet publié par lui-même, @JillyBallistic, avec pour simple message: “S’il vous plaît continuez à ignorer cette publicité. Merci.” Ce tweet collé restera affiché pendant plusieurs jours sur l’abribus M15 à St Allen & St Stanton, à New-York.


(source)

Questionmarc

Un autre artiste du nom de “Questionmarc” s’xprime sur les murs les d’un bâtiment en mettant en avant le petit oiseau de Twitter (l’ancienne version, pas la nouvelle). Son tweet ? “Just bombin’ a wall” est très simple et je serais ravi de voir jusqu’où il pourrait aller avec ce petit oiseau et ces tweets.

Et les mèmes dans tout ça ?

Enfin, les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à inspirer les street-artistes, en effet la culture Internet n’est pas en reste avec cet exemple ci-dessous réalisé par Thierry Jaspart, en Belgique. Il a décidé de réaliser une fresque mettant en scène nos amis connus d’Internet, j’ai nommé Rage Faces, Pedobear, Long Cat, Keyboard Cat, etc.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le street-art et les réseaux sociaux font finalement bon ménage

Enfin, pour conclure il se trouve que tant que le street-art existera, il perdurera sur les réseaux sociaux, sur Twitter, Instagram, Path, Facebook, Pinterest, que sais-je encore. Ainsi, j’ai décidé de vous faire une petite liste par réseau, de là où vous pouvez dénicher des oeuvres de street-artistes :-)

Sur Twitter

Sur Facebook

Sur Pinterest

Sur Instagram

Excellente fin de semaine et à la semaine prochaine !

Geoffrey

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Facebook droit sur Instagram http://owni.fr/2012/04/11/facebook-droit-instagram-cgu/ http://owni.fr/2012/04/11/facebook-droit-instagram-cgu/#comments Wed, 11 Apr 2012 14:29:12 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=105491

Le rachat d’Instagram par Facebook pour un milliard de dollars a suscité un vent de panique parmi les utilisateurs du service de partage de photographies. En cause la réputation sulfureuse de Facebook en matière de données privées.

De nombreux utilisateurs s’interrogent à propos de la propriété des contenus ou du sort de leurs données personnelles. Certains ont même décidé de fermer d’urgence leurs comptes sur Instagram et de récupérer leurs photographies pour migrer vers d’autres services.

D’autres ont choisi au contraire de rester sur place mais pour résister, en lançant un mouvement de protestation directement sur Instagram. Il prend la forme d’un black-out, des milliers d’utilisateurs postant des photos noires pour manifester leur mécontentement, accompagnées du hashtag #Instablack.

Un commentaire laissé sur le forum américain Digital Photography School exprime bien le type de raisonnements auquel doivent se livrer beaucoup d’internautes :

1/ Facebook possède Instagram. 2/ Instagram possède les photos. 3/ Donc Facebook possède les photos.

Il est bien sûr important de rester vigilant lorsque des opérations d’une telle ampleur ont lieu entre des géants de l’internet, mais les internautes ont parfois tendance à verser dans la paranoïa lorsque Facebook est en cause et il n’est pas certain que ce soit la meilleure manière de prendre des décisions pour protéger ses contenus et ses données. Pour y voir plus clair, voici huit aspects des répercussions juridiques probables du rachat d’Instagram par Facebook.

Les conséquences du rachat

À priori aucune, dans un premier temps, et c’est un point important pour la suite, car c’est au niveau des conditions contractuelles d’utilisation d’Instagram (CGU) que beaucoup de choses se jouent. Certains ont émis l’hypothèse que Facebook pourrait appliquer ses propres CGU aux contenus d’Instagram, mais c’est peu probable, du moins pas dans l’immédiat.

Dans le billet posté sur Facebook pour annoncer la transaction, Mark Zuckerberg indique  qu’Instagram demeurera un service séparé de Facebook, qui conservera sa propre individualité. Les deux sites continueront donc à être gouvernés par leurs CGU respectives et le rachat ne peut s’accompagner en lui-même d’un transfert des CGU de Facebook en lieu et en place de celles d’Instagram.

Différences entre les CGU

Oui, il y a une différence réelle entre ces deux contrats, les CGU d’Instagram étant relativement moins exigeantes sur les contenus de ses utilisateurs que celles de Facebook. Dans leur partie relative aux questions de propriété intellectuelle, les conditions d’Instagram indiquent ainsi:

Instagram does NOT claim ANY ownership rights in the text, files, images, photos, video, sounds, musical works, works of authorship, applications, or any other materials (collectively, “Content”) that you post on or through the Instagram Services. By displaying or publishing (“posting”) any Content on or through the Instagram Services, you hereby grant to Instagram a non-exclusive, fully paid and royalty-free, worldwide, limited license to use, modify, delete from, add to, publicly perform, publicly display, reproduce and translate such Content, including without limitation distributing part or all of the Site in any media formats through any media channels, except Content not shared publicly (“private”) will not be distributed outside the Instagram Services.

Instagram affirme ne revendiquer aucun droit de propriété sur les contenus de ses utilisateurs, mais beaucoup de médias sociaux font de même (y compris Facebook), sans qu’il s’agisse d’une réelle garantie. Le vrai indicateur réside dans la portée de la licence que les utilisateurs concèdent à la plateforme et dans le type de droits cédés. Il s’agit notamment de savoir si le service se fait céder davantage de droits que ceux dont il a besoin pour fonctionner.

Ici la licence exigée par Instagram, bien que relativement étendue, ne comporte pas certains éléments que l’on retrouve chez d’autres services, comme le droit de vendre les contenus à des tiers ou de les “sous-licencier’ (sublicence).

C’est le cas par exemple sur d’autres services de partage de photographies sur mobile comme Twitpic, qui s’était signalé l’an dernier en utilisant ce type de clauses pour revendre son contenu, à titre exclusif, à une agence de presse. Ses CGU précisaient :

(…) by submitting Content to Twitpic, you hereby grant Twitpic a worldwide, non-exclusive, royalty-free, sublicenseable and transferable license to use, reproduce, distribute, prepare derivative works of, display, and perform the Content in connection with the Service and Twitpic’s (and its successors’ and affiliates’) busines (…)

D’autres services peuvent s’avérer encore moins voraces en termes de droits, comme Yfrog ou Mobypicture par exemple, mais Instagram se situait jusqu’à présent dans une bonne moyenne.

Facebook, de son côté,  utilise une licence particulière qui a déjà fait couler beaucoup beaucoup d’encre :

(…) vous nous accordez une licence non-exclusive, transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de propriété intellectuelle que vous publiez sur Facebook ou en relation à Facebook (« licence de propriété intellectuelle »). Cette licence de propriété intellectuelle se termine lorsque vous supprimez vos contenus de propriété intellectuelle ou votre compte, sauf si votre compte est partagé avec d’autres personnes qui ne l’ont pas supprimé.

Cette clause mentionne bien la possibilité de sous-licencier, qui peut constituer une porte ouverte à certaines dérives. Par ailleurs, même si l’utilisateur peut choisir de retirer ses contenus, la licence ne prend pas fin si ceux-ci ont été partagés. Or la plupart des contenus sont partagés avec d’autres utilisateurs sur Facebook, ce qui rend la licence quasiment perpétuelle. Ce n’est pas le cas sur Instagram, la licence revendiquée n’étant pas “irrévocable“, comme c’est le cas sur bien des plateformes.

Facebook proprio

Facebook ne peut pas devenir le propriétaire du fond photographique d’Instagram. Tout simplement parce qu’Instagram ne pouvait pas vendre à Facebook ce qu’il ne possédait pas lui-même. Comme nous l’avons vu ci-dessus, Instagram ne revendiquait pas un véritable droit de propriété sur les contenus générés par ses usagers.

Sa licence ne le rendait titulaire que d’un droit d’usage, relativement large, mais globalement limité à ce qui lui était nécessaire pour faire tourner son service (afficher les photos et permettre l’envoi sur divers réseaux sociaux connectés). En rachetant Instagram, Facebook a acquis les droits conférés par cette licence, sans toutefois qu’ils puissent être transférés sur sa propre plateforme : les utilisateurs d’Instagram restent des utilisateurs d’Instagram.

Quand bien même Instagram se serait-il fait céder un droit de propriété sur les photos partagées, Facebook n’aurait pas pu en devenir directement propriétaire, puisque la licence d’Instagram n’est ni transférable, ni sous-licenciable.

Tout ceci procure une certaine sécurité aux utilisateurs d’Instagram et c’est en définitive contre eux-mêmes qu’ils devraient plutôt être protégés, comme nous allons le voir à présent !

Partage

Si en réalité, Instagram et Facebook constituent deux sphères relativement étanches d’un point de vue juridique (y compris après le rachat), ce n’est pas le cas d’un point de vue technique. Il est possible en un clic d’expédier les photos postées sur Instagram vers Facebook, Twitter, Google +, ainsi que d’autres médias sociaux.

Cette possibilité d’envoi constitue l’une des fonctionnalités phare de l’application et il est probable qu’un grand nombre d’utilisateurs aient partagé par ce biais leurs photos sur d’autres plateformes, à commencer par Facebook.

Or ce faisant, ils ont “soumis” leurs contenus à ces sites tiers, au sens où l’indiquent généralement leurs CGU, ce qui provoque leur application immédiate. C’est dire par exemple qu’en partageant une photo prise avec Instagram sur Facebook, les utilisateurs ont volontairement soumis leurs contenus à ses conditions, dont on a vu qu’elles étaient plus appropriatives que celles d’Instagram. C’est la même chose sur Twitter ou Google +, par exemple, dont les CGU exigent une licence large, transférable et sous-licenciable.

Il y a donc quelque chose d’assez paradoxal à voir les utilisateurs d’Instagram s’effaroucher de la vente du service à Facebook, alors que bon nombre d’entre eux ont sans doute déjà cédé leurs contenus à la firme de Palo Alto ou à d’autres plateformes non moins gloutonnes d’un point de vue juridique !

Données personnelles

La section Privacy d’Instagram se veut là aussi relativement rassurante, en matière de protection des données personnelles :

Instagram will not rent or sell potentially personally-identifying and personally-identifying information to anyone.

Si le rachat par Facebook ne peut donc entraîner une vente des données personnelles des usagers d’Instagram, néanmoins là encore, il est fort probable que les utilisateurs en connectant volontairement leurs comptes à d’autres médias sociaux leur aient déjà donné accès à des informations personnelles.

Certains commentateurs ont indiqué que l’une des raisons du rachat d’Instagram par Facebook résidait dans l’intérêt que les photographies représentent en termes d’indications des goûts et des penchants des utilisateurs.

Cet argument porterait si Facebook pouvait transférer les données d’Instagram et les croiser avec les siennes. Mais en dehors du cas (fréquent, il est vrai) où les utilisateurs partagent par eux-mêmes leurs photos sur sa plateforme, Facebook ne pourra pas procéder à un tel croisement, qui constitue un des traitements de données personnelles les plus encadrés.

A titre de comparaison, on peut prendre l’exemple de Youtube, racheté par Google en 2006. À la suite d’une unification des conditions d’utilisation de ses services, Google s’est octroyé le droit de croiser les informations de Youtube avec celles recueillies par le biais d’autres services, non sans déclencher un véritable tollé et la réaction des agences de protection des données personnelles.

Supprimer son compte Instagram

La mesure est conseillée par plusieurs sites internet. Plusieurs applications utilisent d’ailleurs l’API fournie par Instagram pour récupérer facilement les contenus postés. La mesure est relativement censée d’un point de vue juridique. Comme indiqué plus haut, la licence sur les contenus exigée par Instagram n’est pas “irrévocable” comme on peut le lire sur d’autres plateformes et elle prendrait donc fin dès lors que les contenus ne sont plus “soumis” à Instagram.

Il faut cependant relever que pour des raisons légales, Instagram se réserve le droit de conserver certains contenus retirés, sans donner la possibilité à ses utilisateurs d’en être informés ou d’y accéder :

Deleted content may be stored by Instagram in order to comply with certain legal obligations and is not retrievable without a valid court order.

Migrer

Là encore, cette action est recommandée par plusieurs sites internet, qui présentent des solutions alternatives permettant l’application de filtres à des photographies et leur partage via les réseaux sociaux à partir de mobiles.

Mais si l’on choisit cette option, il convient de se montrer prudent, sous peine de tomber de Charybde en Scylla, car ces sites évaluent le plus souvent les applications alternatives uniquement d’un point de vue technique, sans prendre en compte leurs conditions d’utilisation, qui peuvent s’avérer bien pires que celles d’Instagram.

Sur LifeHacker par exemple, on nous propose d’utiliser à la place d’Instagram les applications PicPlzPicYouHipstamaticEyeEmCamera + ou Camera Awesome.

Or en lisant attentivement les CGU de ces différents services, on se rend compte que seuls PicYou et EyeEm possèdent des conditions protectrices des droits de leurs usagers (plus encore qu’Instagram lui-même, car ne revendiquant aucune licence sur les contenus postés). En revanche, les quatre autres services présentent des CGU tout aussi agressives que celle de Facebook…

Modification des CGU

C’est certainement le risque majeur, même s’il faudra sans doute que Facebook laisse passer un certain temps avant de se lancer dans une opération aussi sensible. Les conditions d’Instagram ouvrent d’ailleurs la porte à une modification unilatérale, que les usagers seront réputés accepter implicitement. La seule obligation d’Instagram sera de les informer par mail si les changements portent sur des points substantiels :

We reserve the right to alter these Terms of Use at any time. If the alterations constitute a material change to the Terms of Use, we will notify you via internet mail according to the preference expressed on your account. What constitutes a “material change” will be determined at our sole discretion, in good faith and using common sense and reasonable judgement.

On notera toutefois qu’en ce qui concerne FriendFeed par exemple, autre service phare en son temps, racheté par Facebook en 2009, les CGU n’ont pas connu de modifications substantielles, alors même comme je l’avais montré ici qu’elles étaient relativement libérales.

Ainsi, la panique qui a saisi bon nombre d’utilisateurs n’est peut-être pas justifiée d’un point de vue juridique. La valeur d’une plateforme comme Instagram réside dans le fait que les contenus qu’il abrite et contribue à faire naître sont “juridiquement purs” : les utilisateurs du service sont les auteurs de ces photos et disposent en général des droits pour les poster.

Cette situation privilégiée est très différente de celle d’un Pinterest par exemple, autre rival montant de Facebook, qui pousse ses utilisateurs à partager des contenus trouvés sur la Toile et sur lesquels ils n’ont pas les droits, ce qui commence à poser un réel problème à la plateforme.

Les médias sociaux agissent souvent comme des “parasites” vivant des contenus produits ailleurs, mais dans la lutte que se livrent les géants du web, il est certain que celui qui peut s’abreuver à la source juridique la plus pure possède un avantage certain sur ses concurrents…


Illustration portrait de M. Zuckerberg par Tsevis (ccbyncnd)

Lionel Maurel, alias Calimaq. Juriste & Bibliothécaire. Auteur du blog S.I.Lex, au croisement du droit et des sciences de l’information. Décrypte et analyse les transformations du droit dans l’environnement numérique. Traque et essaie de faire sauter (y compris chez lui) le DRM mental qui empêche de penser le droit autrement. Engagé pour la défense et la promotion des biens communs, de la culture libre et du domaine public. Je veux rendre à l’intelligence collective tout ce qu’elle me donne, notamment ici : twitter .

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http://owni.fr/2012/04/11/facebook-droit-instagram-cgu/feed/ 16
Fausses photos vintages http://owni.fr/2011/07/30/fausses-photos-vintages/ http://owni.fr/2011/07/30/fausses-photos-vintages/#comments Sat, 30 Jul 2011 08:59:07 +0000 Nathan Jurgenson http://owni.fr/?p=75022

Billet initialement publié sur CyborgOlogy et repéré par Owni.eu
Nathan Jurgenson, l’auteur de cet article, travaille sur une thèse concernant la documentation de la vie privée et les réseaux sociaux. Il a écrit cet essai en trois parties sur son blog Cyborgology.

Sauf mention contraire, tous les liens de l’article sont en anglais.

1e Partie : Instagram et Hipstamatic

L’hiver dernier, pendant une violente tempête de neige, mes comptes Facebook et Twitter ont été inondés de photos enneigées. Toutes partageaient un point commun (autre que la neige) : elles semblaient avoir été prises avec des Polaroid bon marché ou un appareil argentique, il y a 60 ans. Mais toutes avaient été prises récemment grâce à de nouvelles applications pour smartphone très populaires comme Hipstamatic et Instagram.

Les photos (comme celle ci-dessous) provoquaient immédiatement un sentiment de nostalgie et une sensation d’authenticité qui manque souvent aux photos numériques postées sur les réseaux sociaux. Les photos rétros et vintages ont récemment explosé. Grâce à ces applications, plus besoin de photoshop ou des ravages du temps pour poster une photo bien vieillie.

Dans cet essai, j’espère montrer comment les fausses photos vintages, en apparence banales, illustrent une tendance plus large dans les médias sociaux en général. La fausse photo vintage est au centre de cet essai mais sert surtout d’exemple pour illustrer une tendance plus large selon laquelle les médias sociaux nous forcent de plus en plus à voir notre présent comme un éventuel passé documenté. Mais un retour sur les origines technologiques du phénomène est requis avant de développer ce point.

Hipstamatic a été la première application très populaire à rendre les photos instantanément rétros. Instagram est encore plus puissante avec sa sélection de multiples « filtres », c’est-à-dire différents tons de vintage (quelques filtres pas vraiment vintages sont aussi disponibles). Instagram est aussi équipé d’une couche de réseaux sociaux qui permet aux utilisateurs de partager un flux de photos Instagram avec leurs « amis ». D’autres applications de photographie rétro sont aussi disponibles.

Pourquoi faire ces applications maintenant ? Entre autre chose, elles estompent les images (en particulier sur les bords), ajustent les contrastes et les teintes, saturent ou désaturent les couleurs, floutent des zones pour exagérer une profondeur de champs très courte, ajoutent un faux grain de pellicule, des éraflures et d’autres imperfections, etc. Et – c’est important pour le prochain post – les photos sont pensées pour ressembler à des tirages photos papiers. Beaucoup de nos flux Facebook, Tumblr, Twitter et autres hébergent désormais des fausses photos vintages les unes après les autres.

Pourquoi ces imitations vintages aujourd’hui ?

Cette tendance a été rendue possible grâce à l’essor des smartphones. Parce que la photographie depuis un smartphone est différente de la photographie numérique sur au moins 3 aspects : (1) vous êtes plus susceptible d’avoir constamment votre smartphone sur vous (parfois même en dormant) que votre appareil numérique compact ; (2) l’appareil photo du smartphone fait partie d’un puissant écosystème de logiciels informatiques, composé d’une série d’applications ; et (3) le smartphone est connecté à Internet de façons plus variées et plus souvent que les anciens appareils photo.

Les photos que vous prenez sont donc plus susceptibles d’être sociales (à l’opposé de la seule consommation personnelle) puisque l’appareil photo est maintenant toujours avec vous dans des événements sociaux et, surtout, puisque l’appareil est connecté au Web et existe dans le cadre d’une série d’autres applications sur votre smartphone qui sont souvent capables de délivrer du contenu à divers réseaux sociaux. Outre l’aspect social, les applications rendent l’utilisation de filtres sur vos photos beaucoup plus aisée qu’avec les appareils photo compact ou les logiciels d’éditions sur ordinateur.

Mais cet essai ne s’interroge pas sur la hausse de l’utilisation de la photographie sociale numérique, mais sur ces photos manipulées numériquement spécifiquement pour paraître vintage.

Pourquoi sommes-nous si nombreux à préfèrer prendre, partager et regarder des photos faussement vieillies ?

Est-ce en raison de la qualité de la photo ?

Peut-être, comme l’a noté un autre bloggeur, est-ce la piètre qualité des appareil photos de téléphones qui a mené à l’essor de l’imitation vintage. Peut-être les appareils photos de smartphones ont-ils tendance à produire des photos défraîchies qui deviennent plus intéressantes après être passées au filtre de l’imitation vintage ?

Les photographes savent depuis longtemps que, selon la situation, une photo qui a du grain peut être aussi bonne, voire meilleure, qu’un cliché techniquement parfait. Aujourd’hui tous ceux qui ont un smartphone peuvent prendre une photo intéressante en appuyant seulement sur un bouton supplémentaire. Mais cette explication ne dit pas pourquoi nous estimons que le vintage est intéressant. [Et puis, de nombreux appareils photo de smartphone ont une haute définition].

Poètes et Scribes

Une autre explication de la hausse de la photo imitation vintage pourrait être la façon dont ces applications nous permettent d’être plus créatifs avec nos clichés. Susan Sontag [fr], dans le fabuleux « On Photography » parle de la façon dont la photographie est à la fois une capture de la réalité et une création subjective. Lorsque nous prenons un cliché nous sommes donc à la fois poètes et scribes ; c’est un point que j’ai utilisé pour décrire la documentation de nos vies sur les réseaux sociaux : nous sommes à la fois des scribes qui racontons notre réalité, mais nous le faisons toujours avec la créativité d’un poète.

Donc, si « la photographie n’est pas uniquement lié au souvenir, mais aussi à la création, » alors l’essor des smartphones et des applications photos a démocratisé des outils qui permettent de créer des photos qui mettent l’accent sur l’art et plus seulement sur la vérité. Mais, une fois de plus, cette explication montre seulement pourquoi nous voulons manipuler les photos. Elle n’explique pas pourquoi un si grand nombre d’entre nous choisit si souvent de les manipuler pour leur donner un aspect retro ou vintage.

Lorsque nous prenons une photo, nous sommes à la fois poètes et scribes.

2e Partie : Saisir l’authenticité

Jusqu’à maintenant, j’ai décrit ce qu’est l’imitation vintage et j’ai noté qu’il s’agit d’une nouvelle tendance qui provient des smartphones et a proliféré sur les réseaux sociaux comme Facebook, Tumblr et autres. Mais la question importante demeure : pourquoi les fausses photographies vintage sont-elles si populaires ?

Ce que je veux soutenir c’est que l’essor des fausses photos vintage est une tentative de créer une sorte de « nostalgie pour le présent, » une tentative de rendre nos photos plus importantes et réelles. Nous voulons doter nos vies présentes des sentiments puissants liés à la nostalgie. Et, finalement, cela va bien plus loin que des photos imitation vintage ; la popularité momentanée des photos style-Hipstamatic souligne une tendance plus large de voir le présent de plus en plus comme un éventuel passé documenté. L’expression « nostalgie du présent » est empruntée au grand philosophe du post-modernisme, Frederic Jameson, qui affirme que « nous nous retirons de notre immersion dans l’ici et maintenant […] pour la matérialiser. »

Le terme « nostalgie » a été forgé il y a plus de 300 ans pour décrire une condition médicale de mal du pays sévère, voire parfois fatale. Alors qu’il était rattaché à un phénomène physique, il a mué à l’orée du 19e pour parler d’un phénomène psychologique. Il ne s’agit plus dès lors du simple manque d’un endroit mais aussi du manque d’une époque passée qu’on ne peut jamais revisiter, si ce n’est par les souvenirs. C’est le sujet favori de Marcel Proust : comment des stimuli sensoriels peuvent évoquer des sensations extraordinairement fortes et de vifs souvenirs du passé. Il s’agit précisément là du sentiment nostalgique que ces fausses photos vintage semblent invoquer.

La fausse matérialité : une réalité augmentée

Une des principales façons pour la photo numérique d’invoquer ce sentiment est de ne pas ressembler du tout à une photo numérique. Beaucoup, et particulièrement ceux qui utilisent les applications imitation vintage, connaissent la photographie sous sa forme numérique : prise sur un appareil numérique et conservée et partagée sur des albums numériques et sur des réseaux sociaux comme Facebook. Mais tout comme l’essor et la prolifération du MP3 s’accompagne du retour en grâce du vinyl, l’esthétisme du tirage papier est de plus en plus recherché. Sa matérialité, son poids, son odeur, l’interaction tactile, tout ça donne un sens au cliché qui manque encore au digital.

La façon la plus rapide de faire appel à la nostalgie pour un temps révolu avec la photographie est d’invoquer les propriétés du tirage papier en imitant les ravages du temps, en fanant les couleurs, en imitant le grain du film et ses écorchures, ainsi qu’en ajoutant la bordure typique du tirage papier ou du Polaroid. Cela suit la tendance de ce que j’ai appelé la « réalité augmentée » : le fait que le réel et le numérique s’envahissent mutuellement de plus en plus. Lorsque nous tentons de reproduire l’impression du papier sur nos photos numériques, nous tentons d’acheter le cachet et l’importance de la matérialité.

J’ai noté par le passé cette tendance à attacher une importance spéciale à la matérialité. J’ai commenté le biais qui pousse à considérer les livres imprimés comme plus « profonds » que le texte numérique. J’ai aussi critiqué ceux qui qualifient l’activisme en ligne d’« activisme assis » (« slacktivism ») et ceux qui voient la communication numérique comme naturellement superficielle. Pourquoi accordons-nous une importance spéciale au tirage papier ?

Peut être est-ce parce que le tirage papier était rare. Il fallait plus de temps et d’argent pour produire une photo avant l’apparition de la photographie numérique. C’est l’une des principales différences entre les atomes et les bits : les premiers sont limités, les seconds sont en abondance ; j’ai déjà écrit sur ce sujet. Le fait qu’une photo prise il y a longtemps a survécu lui donne une forme d’autorité que la même photo prise par un appareil photo numérique aujourd’hui n’a pas. Dans tous les cas, la quête de matérialité des fausses photos vintage n’est qu’une des raisons pour lesquelles elles sont devenues si populaires.

Nostalgie et Authenticité

Nous choisissons donc de créer et d’apprécier des photos faussement vintage parce qu’elles semblent plus authentiques et réelles. Nous n’en sommes pas nécessairement conscients lorsque nous choisissons le filtre, ou lorsque nous cliquons sur le bouton « j’aime » sur Facebook ou lorsque nous le rebloggons sur Tumblr. Nous associons l’idée d’authenticité avec les photos vintages parce qu’avant, les photo vintages étaient vraiment vintages. Elles ont résisté aux épreuves du temps, elles montrent un monde passé et, en tant que telles, elles ont gagné une importance.

Les gens sont assez conscients du pouvoir du vintage et du rétro comme vecteurs d’authenticité. Dans son livre « Naked City », Sharon Zukin décrit la récente gentrification des zones urbaines comme une quête d’authenticité. On retrouve chez ceux qui sont nés dans le monde plastique de l’Amérique des banlieues « Disneyifiées » et « MacDonaldisées », cette obsession culturelle de la décadence (comme avec le « decay porn ») et la quête d’une réalité authentique dans notre monde simulé [fr] (comme dirait Jean Baudrillard [fr]).

Les fausses photos vintages qui peuplent nos réseaux sociaux partagent une qualité avec le quartier de Brooklyn et sa poussière authentique : ils conjurent une authenticité dans une époque de simulation et de vaste prolifération des images numériques. De cette façon, les photos Hipstamatic vous placent vous et votre présent dans le contexte du passé, de l’authentique, de l’important et du réel.

Mais, bien entendu, contrairement aux friches urbaines ou à la rareté d’une antiquité hors de prix, l’aspect vintage des photos Hipstamatic ou Instagram est simulé. Nous savons tous que ces photos n’ont pas été vieillies par le temps mais par une application. Ces imitations ont conscience de leur propre imposture (peut être que cette prise de conscience est le « hipster » de Hipstamatic). Les fausses photos vintages sont pareilles à un « diner » [fr] des années 1950 reconstitué aujourd’hui. Elles sont comme le Disney Village ou les faux vieux taxis new-yorkais de l’hôtel-casino New York-New York de Las Vegas. Tous ces exemples sont des imitations qui tentent de rendre les gens nostalgiques d’une époque révolue. Comme dans la descriptions des simulations de Baudrillard, les photos Hisptamatic sont devenues plus vintage que le vintage lui-même ; elles exagèrent les qualités de ce qui fait le vintage et sont donc hyper-vintage.

La seule chose qu’une fausse photo vintage apporte, l’authenticité, est donc niée par le fait qu’il s’agit d’une imitation. Mais cela n’empêche pas ces photos d’évoquer des sentiments de nostalgie et d’authenticité car ce qui est référencé n’est pas « le vintage » mais plutôt « l’idée de vintage », pareille à l’imitation de « diner » ou au Disney Village ; tous ces exemples sont des versions très réalistes de quelque chose d’autre et tous sont capables de causer et d’exploiter des sentiments de nostalgie. Ainsi, être simplement conscient que l’authenticité achetée par Hipstamatic est simulée empêche la fausse photo vintage d’intégrer l’économie du réel et de l’authentique.

3e partie : La nostalgie du présent

L’essor de la fausse photo vintage montre un élément qui peut être appliqué aux médias sociaux en général : les utilisateurs de réseaux sociaux considèrent systématiquement le présent comme un potentiel document qui peut être consommé par d’autres. Facebook fait du présent un éternel « futur passé ». Que ce soit à travers les status de Twitter, les « check-ins » de Foursquare, les critiques de Yelp, ces photos Instagram, ou toutes les autres possibilités d’auto-documentation offertes par Facebook, nous voyons plus que jamais le monde à travers ce que j’appelle « une vision documentaire ».

La vision documentaire est un peu comme l’oeil du photographe qui après avoir pris de nombreuses photos commence à voir le monde toujours comme un potentiel cliché, même quand il ne porte pas son appareil. Cette habitude du photographe d’encadrer et de composer le monde comme une photo est devenue une métaphore pour ceux habitués à la documentation dans les médias sociaux. L’explosion des possibilités de documentation de nos vies, et l’audience promise par les réseaux sociaux, nous ont positionné dans l’optique de vivre notre quotidien avec l’impression constante qu’il sera perçu comme ayant déjà eu lieu. Nous en venons à percevoir ce que nous faisons toujours comme un potentiel document, envahissant le présent avec le passé, pour au final nous rendre nostalgiques de l’ici et maintenant. Il n’y a pas de meilleur exemple pour illustrer ce phénomène que les fausses photos vintage.

Celles-ci demandent à ceux qui les regardent d’oublier leur incrédulité quant à leur authenticité et à leur nostalgie simulée et de voir les clichés – et ce qu’ils montrent – comme étant authentiques et importants du moins par leur référence à « l’idée » du passé. Alors que techniquement toutes les photos, et même tous les documents, conjurent le passé, les fausses photos vintage servent à souligner et rendre d’autant plus clairs nos efforts pour orchestrer nos vies présentes comme un passé déjà synonyme de nostalgie.

La fausse photo vintage est consciente d’être un document. Les photos numériques que nous postons sur nos murs Facebook sont une documentation de notre existence, les fausses photos vintages sont cela et bien plus encore : elles sont aussi une référence à la documentation elle-même. Cette double nature devient une preuve supplémentaire de notre existence. L’essor de la fausse photo vintage et de son partage sur les réseaux sociaux est avant tout un geste existentiel qui s’est développé parce que conjurer le passé crée un sentiment de nostalgie et d’authenticité.

Mais l’ironie ultime est que ces outils, qui, comme tous les réseaux sociaux, aident à nous convaincre que nous sommes réels et authentiques, le font tout en nous empêchant dans une certaine mesure de vivre notre présent ici et maintenant. Pensez à un voyage que vous avez fait accompagné de votre appareil photo, et pensez au même voyage fait sans appareil. La plupart d’entre nous ont déjà voyagé avec et sans un appareil photo et savent que l’expérience est légèrement différente, voire pour certains radicalement différente.

Avec de si nombreuses possibilités de documentation (Facebook, Twitter, Instagram, Yelp, Foursquare, et d’autres), nous vivons toujours, à la fois littéralement et métaphoriquement, un appareil photo à la main. Quand nous découvrons un nouveau bar ou une excellente pizzeria, nous pensons à en faire la critique sur Yelp. Quand nous entendons une conversation amusante nous pensons à la twitter. Lorsque nous sortons avec des amis nous pensons à mettre à jour notre status sur Facebook. Et lorsque nous sommes à un concert nous pouvons être distraits par l’envie de prendre et de publier une photo de l’événement. La semaine dernière, alors que j’avais préparé un petit-déjeuner qui avait l’air particulièrement appétissant, mon premier réflexe a été d’en publier une photo, avant même d’y gouter.

Mon projet de thèse sera d’explorer ces points et de démontrer précisément comment cette nouvelle vision documentaire peut changer notre quotidien. Est-ce que savoir que nous allons nous « check-in » sur Foursquare dans le restaurant où nous allons manger peut changer notre choix de restaurant ? Notre documentation en ligne est-elle seulement le reflet de nos actions ? Ou peut-elle aussi en être la cause ? Pour prendre un cas extrême : j’ai un jour entendu une femme saoule dire dans le métro « le vrai monde c’est là où on prend des photos pour Facebook. » Elle était, je pense, la personne la plus intelligente du wagon.

Que vont devenir les fausses photos vintage ?

Pour conclure, laissez-moi revenir sur les fausses photos vintages en particulier. Je pense qu’elles pourraient n’être qu’un engouement passager. Les fausses photos vintages dévaluent et épuisent leur propre définition de l’authenticité, ce qui présage de leur disparition puisque l’authenticité est leur marque de fabrique et ce qui les a rendu populaires. Produire trop d’imitations du réel pourrait leur nuire et créer une inflation. Les fausses photos vintages ne pourront par exemple plus conjurer l’importance associée à la matérialité si l’aspect vintage devient plus associé aux smartphones qu’aux vieux clichés. La nouveauté s’éteint et la nostalgie disparaît.

Le pire pour Hipstamatic et Instagram est que ces applications ont tendance à homogénéiser tous les clichés qui finissent tous par se ressembler. Dans notre tentative de faire des photos originales et spéciales grâce à ces filtres vintages, nous nous tournons vers des photos qui se ressemblent toutes. Les photos Hipstamatic étaient novatrices et intéressantes, elles sont aujourd’hui à la mode. Bientôt (ou même déjà ?) elles sembleront surfaites et trop évidentes (surtout si les parents des usagers actuels se mettent à poster des fausses photos vintages eux aussi).

Pour être clair, les techniques photographiques comme la saturation, l’estompage ou autres ne sont pas essentiellement bonnes ou mauvaises (par exemple, j’aime beaucoup ces faux clichés vintages). Mais lorsqu’elles sont si souvent utilisées elles apparaissent moins comme un choix artistique et plus comme une tendance (ce que Baudrillard appelle « la logique de la mode »). Le destin ironique qui marque la fin de beaucoup de tendances qui exploitent la notion d’authenticité est que leur popularité tue ce qui les avaient rendues populaires.

L’inévitable déclin (mais pas nécessairement la disparition complète) des fausses photos vintages viendra lorsque nous estimerons ces clichés de plus en plus faux et démodés, niant par la même la sensation d’authenticité qui faisait leur succès. Juste une photo de plus d’une route ensoleillée, d’un bouton d’or ou de vos pieds ?

Traduction par Marie Telling

Illustrations : FlickR CC PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Βethan PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Alex Estrems, PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par exoskeletoncabaret PaternitéPartage selon les Conditions Initiales par ragesoss PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par exoskeletoncabaret PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par nikrowell PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par exoskeletoncabaret

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